De la cuisine à la musique : les saveurs du séga réunionnais (974)

De la cuisine à la musique : les saveurs du séga réunionnais (974)

Amour, trahison, rupture, manque, présence, encore l’amour, des thèmes plus que récurrents dans la musique et les chansons de beaucoup de culture, le Mexique et la France n’y font pas exception. Plus rares sont les chansons qui mentionnent la gastronomie ou qui l’on pour thème principal -si on omet, bien sûr, les chansons pour enfants ou de dessins animés-. Un peu dans la lignée du portait de chef de Christian Antou publié le 6 avril dans ce même blog, je vous invite à nouveau sur l’île de la Réunion pour découvrir ou redécouvrir quelques plats  à travers le rythme du séga réunionnais.

Dans la variété française, on trouve bien quelques titres qui mentionnent des aliments comme Les sucettes, interprétée par France Gall, ou encore Le petit pain au chocolat de Joe Dassin mais là où j’en trouve le plus, peut-être parce que j’y ai mes origines et y suis donc plus sensible, c’est dans la culture créole, du côté de l’île de la Réunion et dans ce style de musique qu’on appelle le séga (un style très présent dans les îles des Mascareignes, dans l’Océan Indien). Le séga est une musique au rythme festif et qui dit « festivités » entend généralement à manger et à boire. Alors, doit-on s’étonner d’y trouver beaucoup de références à la nourriture et à la boisson ?

Commençons par la boisson « Made in Réunion » par excellence : le rhum, qu’on retrouve dans beaucoup d’îles ou régions du monde où la canne à sucre occupe une part importante de l’activité agro-économique. On y trouve deux marques principales : le rhum Charrette et le rhum Isautier. Et le rhum apparaît donc dans de nombreuses chansons :

  • Titine, Orage  – qui mentionne les effets négatifs de l’alcool sur le comportement en mettant en scène un homme qui se plaint du comportement de sa femme ;
  • Ti boutey lo rom, Dryce & Srjo – qui parle de la consommation contrôlée du rhum tant qu’on connaît ses limites et que c’est dans un esprit positif, favorable à la bonne ambiance.

Passons maintenant à quelques chansons qui tournent autour d’aliments. La première dont je parlerai est Ça sent la banane, de Jacqueline Farreyrole, titre dans lequel la chanteuse nous dépeint une carte postale de l’île, une carte riche en images, en couleurs, en parfums et même en saveurs quand elle évoque les bonnes confitures et les sapotes bien mûres.

Ensuite, une chanson dont le refrain a marqué mon enfance est Pêcheur Terre Sainte, de Jules Joron et repris par la suite par Ousa Nousava. Dans ce refrain, la voix poétique demande à sa mère de lui préparer un cari maccabi, un cari de poisson, en y mettant sa touche personnelle, comme elle sait si bien le faire, avec du piment bien fort et une pincée de massalé (mélange d’épices proche du curry).

Si on continue sur le thème du poisson, il y a le titre de Mascareignas, Ti queue la morue, où la voix lyrique nous présente son plat favori, un plat qu’il aime tellement qu’il y pense presque à toute heure, et dont il nous révèle la composition : une petite queue de morue grillée, deux feuilles de combava, trois tomates et six piments martins (aussi appelés piments oiseaux).

Côté terre à présent, nous avons le séga Milou milou de Patrice. Ici, le chanteur nous parle d’un dimanche matin où un ami l’a invité à manger un cari tangue, comprenez un cari de hérisson, mais que, pour divers facteurs, son ami s’est trompé dans le choix de l’animal car ni l’odeur, ni la couleur ne correspondent au plat, qui plus est, il y a une queue (de rat) dans la marmite.

Pour continuer sur les erreurs culinaires, je vous présenterai l’Assassin de J P Volnay, repris plus tard par Ignace, -que je viens tout juste de découvrir sur recommandation de mon père- qui met en scène une personne qui commet un sacrilège culinaire, celui de mettre du safran dans les brèdes mouroum et énumère un grand nombre de plats dans lequel il aurait pu utiliser cette épice comme la sauce du poisson, le cari de poulet, les bonbons piments, le baba figue, le cari cochon, le pâté créole, le cabri massalé, et bien d’autres, bref, à travers cette chanson, Ignace nous offre un beau panorama de la cuisine créole réunionnaise.

Je pourrais mentionner encore beaucoup de chansons, parmi lesquelles Saucisse boucané interprétée par Chaleur torpic’hall, reprise de la célèbre chanson d’O-zone, Dragostea din tei, mais je dois terminer ce post. Ainsi, pour conclure, nous terminons par un pique-nique sur la route du volcan avec Ousa Nousava, autre reprise de Jules Joron, Picnic chemin volcan, chanson qui esquisse un tableau familial d’un pique-nique réunionnais avec au menu :  zembrocal, rougail saucisse et cari volaille, car kan Kréol i fé picnic, i fé pa lé choz a moitié, i ramèn toujour son bon peu marmites* (* quand le créole fait un pique-nique, il ne fait pas les choses à moitié, il ramène toujours ses marmites.)

A mes parents, à ma famille en métropole et à la Réunion, à Alain et Nicolette et à la famille Robert.

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