Saveurs des îles : la culture « par avion »

Saveurs des îles : la culture « par avion »

Le titre de cette publication est légèrement faux car, la culture créole dans laquelle nous baignons, avec mes frères, depuis petits, nous a été transmise bien évidemment par nos parents, mais d’une certaine façon, elle nous a aussi été livrée par avion. Je vous invite dans ce post dans un petit voyage de souvenirs à la découverte de la culture réunionnaise vécue à distance. Amants de la gastronomie, vous ne serez pas en reste, car il s’agit ici d’un prétexte pour vous faire découvrir ou redécouvrir des plats ou des aliments, dont certains étaient déjà mentionnés dans « De la cuisine à la musique : les saveurs du séga réunionnais (974) ».

Un peu à leur façon, mes parents sont des expatriés. Ils sont arrivé en France, ou en Métropole, avant ma naissance et se sont installés à Marseille. Ils viennent de l’île de la Réunion, une toute petite île située dans l’Océan Indien. Attention, la Réunion, rappelons-le, est un département d’outre-mer français, voilà pourquoi, le terme d’expatrié est à prendre ici avec des pincettes, pourtant, étant moi-même expatrié au Mexique, je peux dire que de la même façon que je cherche à retrouver les saveurs familiales, françaises et créoles et européennes, ils ont encore la même démarche que moi, celle de rechercher les produits « péi » pour préparer de bons plats. Dernière trouvaille en date, La Marque Robert.

Petits dans la voiture, c’était bien souvent des ségas et maloyas sur cassette. Parfois, on marronnais de ne pas pouvoir écouter de la musique plus récente et française (métropolitaine), et sans nous en rendre compte alors, c’était une des manières parmi lesquelles la culture créole, au-delà du sang, se glissait aussi dans notre âme, le temps d’un trajet à l’école ou d’une sortie dominicale.

Une chose que nous n’aimions vraiment pas avec mes frères, c’était « d’appeler  La Réunion », parce que nous ne comprenions pas vraiment, on parlait à nos mémés, à nos pépés, nos tontons, nos taties, plus rarement à nos cousins, mais ce n’était alors que des noms et des voix, rien de concret ; toutefois, nous étions très contents quand ces voix et ces noms nous annonçaient l’arrivée d’un colis, ou encore mieux encore quand au passage d’un portique d’aéroport, ces voix et ces noms devenaient des personnes concrètes.

Ces colis retrouvaient souvent les mêmes composantes, et pourtant, c’était toujours un moment magique. J’adorais particulièrement quand un t-shirt arrivait dans un colis chargé de boucané, et de saucisses « péi », car l’odeur du fumage restait prisonnière du tissu, et c’était bien évidemment quelques jours de plaisirs gustatifs qui suivaient.

Certes, on peut faire un rougail saucisses avec des saucisses de Toulouse, mais le rendu n’a rien à voir avec un rougail saucisses « péi ». La couleur, l’odeur, la saveur, rien n’est pareil. En Espagne et ici, j’ai bien essayé avec du chorizo argentino ou encore des saucisses « à la polonaise », je n’ai jamais pu être satisfait du résultat, toujours trop fade, peu importe la quantité d’épices ajoutées. Pour ce qui est du boucané, frit ou en rougail, un vrai délice en bouche, sauf quand mes parents décidaient de le préparer avec des bringelles (autre nom pour l’aubergine).

Des fruits, des fruits ! Eux aussi, nous les attendions ! L’ananas Victoria, les letchis ou encore les longanis. Il y avait les fruits confis aussi, notamment la papaye confite que prépare mémé. Que de gourmandises ! « Margoze, lé amer, le grain lé dou », combien de fois avons nous entendu notre mère prononcer cette phrase… sans que l’on comprenne… un jour, elle a demandé à sa sœur de nous envoyer une margoze pour goûter. Je ne me rappelle plus si les grains étaient si doux que ça. Côté légumes, les chouchous (les chayottes) et brèdes chouchous, qui par chance, poussent très bien à Marseille dans notre jardin.

Que ce soit dans les Colipays  ou dans les colis de la familles, on attendait aussi les bonbons coco, blancs, marron, roses, verts ou jaunes.. Autre élément de ces colis, le miel, ce miel qui durcissait vraiment beaucoup en hiver, et les chocolats aux différentes saveurs : letchi, fleur de sel, banane, café, goyave… Et pour finir, mon grand péché mignon, les bonbons miel, ces genres de minis donuts fourrés et suintant de miel, j’aurais pu en manger facilement une bonne dizaine, mais bon, fallait partager, et aussi les faire durer pour en profiter davantage.

Mais la chose la plus bizarre qu’il nous a été donne de recevoir, les zendettes. Ce sont des larves de guêpes frites, généralement servi avec du riz. Aux premiers abords, ça fait bizarre d’imaginer en manger, surtout quand, même issus d’une famille créole, on est nés et on a grandi en métropole. Mais une fois en bouche, vous l’imaginez, un vrai délice. Je pense que c’est ce qui m’a permis de goûter, ici  au Mexique, les chapulines (les sauterelles) en tacos ; prochaine étape les escamoles (des larves de fourmis), mais allez savoir quand.

Pour terminer, les litres de jus, de lecthi, de goyave,… ou de tamarin (pas fan du tout de ce dernier), le portello et les cots, à chaque repas, c’était un service jalousement millimétré pour chacun de nous afin de pouvoir goûter toutes les saveurs : imaginez 33cl pour 6 personnes.

C’est tout pour ce mois-ci, dans la prochaine et probablement dernière collaboration dans ce blog, je vous proposerez quelques recettes pas trop compliquées à faire quand on n’habite pas à la réunion.

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